Intervention de l'archevêque syro-orthodoxe Kawak durant la visite du pape François à la Communauté de Sant'Egidio

16 Juin 2014

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VISITE DU PAPE FRANÇOIS À LA COMMUNAUTÉ DE SANT’EGIDIO

Rome 15 juin 2014

Intervention de Jean Kawak, archevêque syro-orthodoxe de Damas

 

Je viens de Syrie, votre Sainteté. Je porte avec moi, dans les yeux et dans le cœur, la souffrance d’un peuple otage de la guerre, prisonnier d’une situation bloquée. Le peuple syrien est prisonnier du mal, comme sont prisonniers notre métropolite Mar Gregorios Yohanna Ibrahim et l’évêque gréco-orthodoxe Paul Yazigi, amis de cette Communauté.

De nombreux prêtres son prisonniers, je pense au Père Paolo Dall’Oglio, aux pères Maher Mahfuz et Michel Kayyal, ainsi que des laïcs. Nous remercions tous ceux qui continuent à prier pour eux avec foi et insistance, comme on le fait dans cette basilique chaque soir depuis plus d’un an. Nous attendons la bonne nouvelle de leur libération.

J’apporte les salutations de Sa Sainteté le patriarche Ignatios Ephrem II, qui en ces heures se trouve dans le nord de l’Irak pour soutenir par sa présence les chrétiens et la population qui vit un temps difficile. Tous les Syriens souffrent, parmi eux beaucoup de chrétiens. Nombreux sont ceux qui sont contraints de quitter leur terre. Tout le peuple est épouvanté. Les gens n’ont pas à manger, n’ont plus de toit, plus de travail. Des millions d’hommes, de femmes, d’enfants ont dû s’enfuir de chez eux. Le siège que la ville d’Alep a subi, la faim et la soif que ses habitants ont soufferts, la menace pour leur vie qu’ils ont eu à subir pendant des mois sont le symbole de la nuit dans laquelle tout le pays est plongé. Je lance un appel pour Alep !

« Où donc en est la nuit ? », nous demandons-nous avec Isaïe. Nous croyants, nous ne nous résignons pas au mal. Nous ne sommes pas des gens de la résignation ou du désespoir. Les chrétiens sont le peuple de la foi et de l’espérance. L’espérance ne trompe pas. Nous l’avons vu en septembre, quand ce qui semblait un destin, une nouvelle guerre et de nouveaux morts, a été changé par l’initiative que Vous, Sainteté, avez prise. La prière unanime d’un grand nombre de personnes a changé le cours de l’histoire. Nous le sentons encore aujourd’hui. Chaque fois que j’écoute l’appel à la prière du muezzin et peu après les cloches de nos églises, alors je suis sûr que la Syrie de la paix et de la cohabitation existera à nouveau.

Même devant une situation tragique et bloquée, la prière dessine un horizon différent, d’espérance et de salut. Mais il faut faire davantage pour la paix ! Les gens meurent : plus de 160 000 personnes ont perdu la vie. Le peuple souffre trop. Je vous demande encore, à Vous-même et à vous tous, de vous souvenir de la Syrie et de son peuple dans vos prières.