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Un synode pour rendre le peuple de Dieu vraiment protagoniste

19 Septembre 2021

Andrea RiccardiPape FrançoisEglise Catholique

Editorial d'Andrea Riccardi

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Le Pape François lors de la rencontre avec la communauté rom de Košice (Slovaquie) - Vatican Photo

 

Le pape François veut réformer le gouvernement de l'Église, après l'avoir poussée au milieu des gens (avec Evangelii gaudium) et l'avoir incitée à dialoguer (avec Fratelli tutti).

Après sa récente opération, des rumeurs ont commencé à circuler sur la démission de François. Divers indices de cette décision ont été recherchés. La réalité est différente.

Le pape Bergoglio aura quatre-vingt-cinq ans en décembre (l'âge auquel Benoît XVI a renoncé à sa charge), mais ceux qui le rencontrent voient un homme passionnément tourné vers l'avenir. Dès le début, depuis 2013, il a exposé son message avec Evangelii gaudium. Il s'agit d'un texte central, qui n'a pas encore été pleinement reçu : il a trouvé des obstacles dans l'inertie des structures et des hommes, dans une manière d'écouter à moitié et de ne pas mettre en pratique, dans l'habitude de ne pas discuter, dans la crise des structures de l'Église et dans le vieillissement de ses cadres.

La "conversion pastorale", cœur d'Evangelii Gaudium, est la perspective de l'avenir de l'Eglise et des chrétiens dans la ville et le monde de la globalisation. Pas une Église fermée dans un coin, mais une Église du peuple au milieu du peuple.

François a placé les pauvres au centre de l'Église. Non pas que dans son histoire, l'Eglise n'ait pas prêté attention à eux, mais avec Bergoglio, les pauvres sont considérés comme un "sacrement" de la présence de Jésus. Pas un choix exclusiviste, mais une Église des pauvres qui part de la "pierre rejetée" et embrasse tout le monde. D'où l'attention portée aux migrants, un aspect douloureux et caractéristique de notre monde global.

François a fortement souligné la crise écologique dans son encyclique sociale Laudato si'. Il invite à changer de politique et de mode de vie, à prendre soin de la Terre et à concevoir un destin commun pour l'humanité. C'est son combat désarmé : les peuples, les nations, les femmes, les hommes, les religions sont tous frères.

Si le monde ne prend pas conscience de ce destin commun et se réfugie dans le nationalisme ou dans le culte des intérêts particuliers, il ira vers l'autodestruction. Telle est la perspective de l'encyclique Fratelli tutti, qui ne s'adresse pas seulement aux chrétiens : chacun, même à petite échelle, peut être un artisan de paix, en abattant les murs et en annulant les distances. Zygmunt Bauman a écrit : "L'intention fondamentale du message du pape François est de transférer le sort de la cohabitation, de la solidarité et de la collaboration pacifique entre les hommes de la sphère vague et obscure de la grande politique vers les rues, les ateliers, les écoles et les espaces publics". Notre société est un peu inerte. L'Église aussi. Surtout après la pandémie.

Manifestement, on ne croit pas en la possibilité d'un monde meilleur. Nous nous contentons de restaurer celui d'avant-Covid. Mais nous devons écouter les cris de douleur de ceux qui souffrent près de nous et de ceux qui sont loin. Nous devons œuvrer pour un monde fraternel, y compris pour les jeunes générations. En regardant François et en le rencontrant, j'ai eu le sentiment d'un homme de quatre-vingt-quatre ans, jeune par son rêve d'un monde plus humain, qui regarde la vie et l'histoire à la lumière de l'Évangile.

En effet, il a décidé un parcours synodal à différents niveaux (diocésain, national, mondial), une expérience unique dans l'histoire de l'Église, pour prendre la parole, écouter, discuter. Ce parcours synodal va-t-il réveiller de l’inertie ? Comblera-t-il le fossé entre le message de François et la vie de l'Église ?

C'est une nouvelle saison dans laquelle le peuple de Dieu devient protagoniste. Aussi dans la lecture des signes des temps. Bref, un processus global qui, après la pandémie, ne vise pas à produire des documents (que peu lisent), mais à écouter les questions et à laisser parler la prophétie.

En octobre 2021, le processus commencera à Rome et se poursuivra ensuite dans les Eglises locales pour se terminer en octobre 2023. Une Église du peuple n'est pas une masse anonyme, mais elle sait écouter et parler localement, dans les différents mondes et sur la scène mondiale. Nous sommes confrontés à une nouvelle saison dans laquelle nous devons avoir le courage d'être présents.

Editorial d'Andrea Riccardi dans Famiglia Cristiana du 19/9/2021
[traduction de la rédaction]