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"Le chemin pour arriver à Dieu croise toujours celui des pauvres: en les aidant on aide Dieu, en les défendant on défend Dieu". L'homélie de Mgr Vincenzo Paglia à l'occasion de ses 50 ans de sacerdoce

25 Octobre 2020

Vincenzo PagliaHOMÉLIES

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Le 24 octobre au soir, au cours de la liturgie de Sant'Egidio à Sainte-Marie-au-Transtevere, nous avons célébré les 50 années de sacerdoce de Mgr Vincenzo Paglia, qui a partagé la vie de la Communauté depuis ses débuts.

 

Homélie de Mgr Vincenzo Paglia

Chers frères et soeurs,

Nous avons encore sous les yeux la vision de paix de la place du Capitole qui a offert une lumière d'espérance dans le ciel obscur d'un monde vivant un moment particulièrement difficile. Cette rencontre a été un don précieux pour tous. Nous adressons notre action de grâce au Seigneur afin qu'il continue à accompagner notre vie et à la rendre précieuse en servant l'évangile de la paix. Depuis la place du Capitole, de laquelle partaient les routes consulaires romaines, nous avons vu converger vers le ciel les invocations d'hommes et de femmes de religions différentes, pour obtenir de Dieu la paix tant désirée pour tous les peuples du monde.

C'est dans cet horizon d'amour et de gratitude envers Dieu, chers frères et soeurs, que je voudrais humblement insérer l'histoire de mes 50 années de sacerdoce, pour lesquels nous rendons également grâces ce soir dans la sainte liturgie. Je suis particulièrement heureux de les rappeler en cette basilique Sainte-Marie-au-Transtevere qui, avec la petite église de Sant'Egidio, les réunit presque toutes. Je n'oublie pas bien sûr mes premiers pas à Casalpalocco, où j'ai été envoyé dès mon ordination presbytérale en un temps – c'était le 15 mars 1970 – plein d'espoir. Je n'oublie non plus les douze années passées en tant qu'évêque du diocèse de Terni-Narni-Amelia, une terre marquée par la présence de saint François et par le martyre de ses cinq premiers frères.

Ce sont donc ces deux églises – celle de Sant'Egidio, première maison de la Communauté, et cette basilique, la "grande maison", unies par la rue della Paglia – oui, ces deux églises qui m'ont vu grandir pendant ces cinquante années de prêtrise. Depuis les deux autels se sont élevées les prières en présence des amis de Sant'Egidio, depuis ces deux autels nous sommes partis communiquer l'évangile, c'est également là que nous revenions et revenons le soir pour prier. Un vieux prêtre romain qui célébrait la messe le matin dans cette basilique – peut-être également touché par la beauté du lieu, notamment par les mosaïques de l'abside – aimait dire que le prêtre s'accorde avec les églises dans lesquelles il célèbre. Je cite quelques-unes de ses paroles qui me touchèrent beaucoup: "depuis quelques jours je dis la messe le matin à Santa Maria in Trastevere, et si par hasard le soleil levant réussit à entrer par les vitraux à cette heure-là, chers amis, quel incendie ! Les mosaïques de l'abside deviennent comme le feu et la lumière. Seul un homme comme saint Jean à Patmos pourrait avoir eu une telle vision".

Je voudrais ainsi dire que mes 50 années de sacerdoce se sont "accordées" – au sens musical du terme, y compris les désaccords – à ces deux autels, à ces deux églises. La Communauté, en les restaurant, également de l'intérieur, afin qu'elles manifestent toute leur beauté, aussi artistique, et surtout en les habitant, leur a redonné vie en les associant, tout en respectant leur histoire pluriséculaire, au charisme de Sant'Egidio, une communauté née à Rome et marquée par leur empreinte. Jean-Paul II – auquel s'adressent ma et notre gratitude, pour l'amour qu'il a eu envers notre Communauté, pour nous avoir donné cette basilique; c'est lui qui a voulu que je sois évêque il y a vingt ans précisément – nous disait: "les Communautés de Sant'Egidio – même celles qui sont en dehors de Rome – sont également de Rome". Pour moi, être prêtre de Rome, formé au séminaire romain, puis vivre dans le Transtevere, là où est née la première communauté chrétienne de Rome – et je l'ai mieux compris au fil des années – a signifié recevoir une empreinte "romaine", également dans la manière d'être prêtre, avec un grand amour pour la ville et une passion pour l'universalité de l'évangile. 

Aujourd'hui, Sant'Egidio – la Communauté et le saint dont nous rappelons cette année les 1300 ans de la mort – est connu dans le monde comme un lieu où les pauvres sont à la maison, et la basilique du Transtevere comme un sanctuaire de prière pour la paix entre les peuples; un ami proche l'appela l'ONU du Transtevere. Ma vie de prêtre est liée à la Communauté comme un enfant est lié à sa mère et à la maison où il habite. Je me souviens très bien de ma première rencontre avec Andrea Riccardi en décembre 1970. J'étais prêtre depuis quelques mois seulement, et ma première expérience de prêtre à Casalpalocco se heurtait à une vie paroissiale qui ne réchauffait pas les coeurs. Cette rencontre fut pour moi le début d'un chemin de grâce: j'avais découvert les bourgeons du printemps suscité par le Concile et je fus attiré par la passion – très vive alors, et même exubérante – de communiquer l'évangile dans les périphéries de notre ville, et peu à peu également dans celles du monde.

Je remercie aujourd'hui le Seigneur pour ces 50 années de sacerdoce – et pour ces vingt années d'épiscopat – vécues au sein de la Communauté, dont le charisme a rendu meilleure ma vie de prêtre et d'évêque au service de l'Eglise – dans les différentes charges que m'a confiées le pape – et au service du monde. Pour moi, tout est grâce: j'étais un enfant venant d'un petit pays – Boville – d'une petite province – Frosinone – venu à Rome pour être prêtre dans cette ville. Au cours de ces années – les années 50' – le pape avait demandé aux diocèses italiens d'envoyer des prêtres dans une ville "presque terre de mission". J'arrivai ainsi en tant que fidei donum. Et, après mes années de formation, toutes passées au séminaire romain, je reçus la grâce d'être le premier prêtre de cette extraordinaire famille de Sant'Egidio, immergé dans une fraternité ample, sans frontières, qui nous entoure tous d'une amitié sincère et attentive: merci à vous aussi, très chers amis et amies qui êtes venus pour rendre grâce avec moi au Seigneur. Je me souviens du choix de célébrer la liturgie dans les périphéries de Rome, à commencer par Primavalle, dans la petite chapelle que nous avons significativement dédiée à saint François. C'était le choix missionnaire de vivre l'évangile parmi et avec les pauvres; et les femmes de la périphérie ont été les premières à répondre à cet appel de l'évangile.

Ma vie de prêtre a toujours été accompagnée par la présence des laïcs, et cela m'a fait du bien. Au cours des années suivantes a grandi une fraternité de prêtres, depuis peu reconnue canoniquement par le pape François, que je remercie pour ce don. Je salue également don Ambrogio, l'un des premiers prêtres de la Communauté, aujourd'hui évêque de Frosinone, ici présent, et je me souviens de Matteo Zuppi, aujourd'hui cardinal, premier jeune de la Communauté à avoir entrepris le chemin vers le sacerdoce. Etre prêtre avec la vocation de la Communauté unit de manière claire les deux autels, celui de l'eucharistie et celui des pauvres: à Noël, dans le traditionnel repas avec les pauvres, cette union resplendit et manifeste toute sa beauté autour de l'Enfant qui est né. Il n'est plus vrai qu' «il n'y a pas de place pour eux dans la salle commune», comme l'écrit tristement l'évangéliste. C'est la fête de l'amour de Dieu et des pauvres.

C'est une réalisation vraiment singulière de l'évangile qui nous a été annoncée en cette sainte liturgie: le lien entre l'amour de Dieu et l'amour pour le prochain. De ce commandement – dit Jésus – "dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes". C'est une page évangélique qui sauve celui qui aime et qui rend meilleure la vie de ceux qui sont aimés. Oui, le chemin conduisant à Dieu croise toujours celui des pauvres: en les aidant on aide Dieu, en les défendant on défend Dieu. Les paroles du livre de l'Exode que nous avons écoutées confirment cet amour quand elles nous demandent d'accueillir l'étranger, l'orphelin et la veuve. Dieu lui-même a choisi d'être à leurs côtés: il écoute leur cri et fera justice. De ces deux commandements dépendent également notre vie et celle de toutes les terres.

Demandons au Seigneur que Son amour continue à nous guider. Cet amour – celui de Dieu et des pauvres – écrit l'apôtre – "supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout" et nous ouvre les portes du Royaume, dès maintenant et pour toujours. Amen!