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« Restons humains » : un appel commun lancé pendant la semaine de prière pour l'unité des chrétiens

21 Janvier 2019

Immigration

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Communauté de Sant’Egidio, Fédération des Églises protestantes en Italie, Conférence épiscopale italienne, Tavola Valdese
 
« Restons humains »
 
À l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, catholiques et protestants lancent un appel commun : « Au sujet de l’immigration, il faut changer de discours et intervenir : sauver ceux qui sont en danger, amplifier les couloirs humanitaires, ouvrir de nouvelles voies d’entrée régulière »
 
À l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, catholiques et protestants italiens lancent un appel commun afin que l’on continue de cultiver un esprit d’humanité et de solidarité envers les migrants. Si c’est un devoir pour tous à l’égard de ceux qui abandonnent leur pays en risquant leur vie dans le désert et sur les mers, pour les chrétiens, il s’agit d’une obligation. C’est la raison pour laquelle, pendant la semaine dédiée à l’unité des chrétiens, qui est observée ces jours-ci (du 18 au 25 janvier) dans le monde entier, nous avons ressenti la nécessité d’unir nos voix, tout comme nous avons travaillé ensemble à bien des occasions dans le domaine de l’immigration, permettant entre autres la réalisation des premiers couloirs humanitaires, mis en œuvre par la Communauté de Sant’Egidio, la Fédération des Églises protestantes en Italie, Tavola Valdese, la conférence épiscopale italienne et la Caritas italienne.
 
« En cette occasion où nous célébrons le don de l’unité et de la fraternité entre les chrétiens, nous souhaitons expliquer à tous que, pour nous, aider ceux qui sont dans le besoin n’est pas un geste bien intentionné, d’altruisme naïf ou, pire encore, de convenance : c’est l’essence même de notre foi. La rhétorique superficielle et répétitive avec laquelle on affronte depuis des mois désormais la problématique des migrations globales nous remplit de tristesse et d’accablement. Elle perd de vue le fait que derrière les flux, les arrivées par mer et les statistiques il y a des hommes, des femmes et des enfants à qui les droits humains fondamentaux sont niés : dans les pays qu’ils fuient, comme dans les pays par lesquels ils transitent, comme la Lybie, ils finissent dans des camps de détention où ils ont toutes les peines à survivre. Les désigner comme une menace pour notre bien-être, les définir comme des criminels potentiels ou des profiteurs de notre accueil trahit l’histoire des immigrés – notamment des immigrés italiens – qui ont, au contraire, contribué à la croissance économique, sociale et culturelle de tant de pays. D’où notre appel afin que, dans l’affrontement politique, l’on ne perde pas le sens du respect dû à la personne et à son histoire de souffrance ».
 
Mais, au-delà de la méthode, le document œcuménique aborde les problèmes de fond : « Une politique migratoire qui n’ouvre pas de nouvelles voies sûres et légales d’accès vers l’Europe est fatalement destinée à encourager les immigrations irrégulières. C’est pourquoi nous demandons aux différents pays européens de dupliquer ou, en tout cas, d’amplifier les couloirs humanitaires, ouverts pour la première fois en Italie au début de l’année 2016. La phase d’expérimentation est désormais terminée et les résultats, positifs à bien des égards, sont visibles de tous. Il est souhaitable donc de passer à une généralisation de ce modèle, qui sauve des vies du trafic d’êtres humains et qui favorise l’intégration. C’est la raison pour laquelle nous nous adressons directement au gouvernement italien afin qu’il augmente le quota des bénéficiaires accueillis dans notre pays et se fasse promoteur d’un ‘couloir humanitaire européen’, géré par l’UE et par un réseau de pays volontaires, en prévoyant un système adéquat de parrainage ».
 
Le document évoque aussi la question épineuse des sauvetages en mer : « À court terme, tandis que l’on recherche le consensus européen sur ces mesures, il convient plutôt de garantir le secours en mer, qui ne peut se réduire à une politique de refoulements ou de simples fermetures. Les migrants ne peuvent être trois fois victimes : de ceux qui les persécutent, de ceux qui les détiennent dans des camps qui, – comme cela a été attesté à plusieurs reprises par l’ONU – ne protègent pas les droits humains essentiels, et de ceux qui les repoussent dans ces mêmes camps et dans ces humiliations. Pour nous chrétiens, comme pour tout être humain, refuser le secours à celui qui gît au bord de la route ou qui risque de se noyer est un comportement pour lequel on ne peut qu’éprouver de la honte. C’est pourquoi nous demandons un renforcement des activités de secours actuelles, par des moyens militaires, par les garde-côtes et par les ONG, dans le respect de la réglementation maritime et du droit humanitaire ».
 
Le texte se conclut par un appel à construire un consensus autour de plusieurs points déterminants sur lesquels les Églises sont prêtes à offrir leur contribution : « Si clivant qu’il soit, le thème de l’immigration est sérieux et grave au point qu’il ne peut être abordé sans la création préalable d’une plateforme minimale d’instances et de procédures partagées. C’est ce que nous souhaitons et, pour cela, nous nous mettons à disposition, forts de notre expérience, de nos moyens, et prêts à collaborer avec les autorités tant italiennes qu’européennes ».
 
Rome, 22 janvier 2019
 
Pasteur Eugenio Bernardini, modérateur de Tavola valdese
Prof. Marco Impagliazzo, président de la Communauté de Sant’Egidio
Pasteur Luca M. Negro, président de la Fédération des Églises protestantes en Italie
Mgr Stefano Russo, secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne